Attention à ne pas traiter pharmacologiquement la normalité : l’exemple de l’admission en centre d’hébergement
- Prof Voyer

- 13 avr.
- 3 min de lecture

Lorsqu’une personne âgée est admise en centre d’hébergement, il est normal que, dans les premiers mois, elle ne dorme pas bien, qu’elle ait moins d’appétit, qu’elle soit anxieuse, que son humeur soit maussade, etc. Il faut donc anticiper ces réactions et soutenir psychologiquement ces nouveaux résidents. J’ai d’ailleurs une formation sur le sujet dans ma plateforme :
3.07 – L’impact d’une transition sur l’aîné atteint de problèmes cognitifs : mieux comprendre pour en atténuer les effets potentiellement négatifs.
Pourtant, même si c’est normal, une vaste étude australienne incluant plus de 322 000 résidents montre qu’un autre phénomène s’invite silencieusement : une forte augmentation de l’usage des médicaments psychotropes durant les premiers mois en hébergement. Dans cette cohorte nationale, plus de 60% des nouveaux résidents ont reçu au moins un médicament psychotrope (antipsychotique, benzodiazépine ou antidépresseur) dans les trois premiers mois suivant leur admission. La proportion de personnes recevant des antipsychotiques double déjà dans l’année qui précède l’entrée, puis atteint plus de 21% après l’installation en centre d’hébergement. Cette hausse rapide suggère que le moment de la transition est un pivot clinique où les troubles du comportement, l’anxiété et les troubles du sommeil sont fréquemment gérés par la pharmacothérapie.
Les personnes vivant avec des troubles neurocognitifs majeurs (TNCM) sont particulièrement exposées : près d’un tiers reçoivent des antipsychotiques dans les trois premiers mois, soit plus de trois fois le taux observé chez celles sans TNCM. Or, ces médicaments sont associés à un risque accru d’événements indésirables graves, en particulier chez les aînés fragiles.
Sur le plan clinique, ce constat impose de recentrer les pratiques sur des approches non pharmacologiques pour les troubles du comportement : interventions centrées sur la personne, adaptation de l’environnement, activités significatives et soutien accru du personnel et des proches. Le moment de la préadmission et de l’admission doit être ciblé pour revoir les ordonnances, planifier des stratégies non médicamenteuses et offrir un accompagnement structuré aux familles. Réduire la dépendance aux psychotropes ne signifie pas nier la souffrance des résidents, mais plutôt privilégier des options plus sûres, tout en réservant la pharmacothérapie aux situations réellement nécessaires.
Cette étude vient justifier une fois de plus l’importance de faire un suivi des psychotropes, car ils sont en lien avec la qualité des soins. C’est d’ailleurs pourquoi ils font l’objet d’un suivi mensuel dans le logiciel de la dotation équilibrée.
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Source : Harrison, S. L., Sluggett, J. K., Lang, C., Whitehead, C., Crotty, M., Corlis, M., Wesselingh, S. L., & Inacio, M. C. (2020). The dispensing of psychotropic medicines to older people before and after they enter residential aged care. Medical Journal of Australia, 212(7), 309–313.



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