Réminescence négative
Bonjour M. Voyer,
J'aimerais vous partager une situation que nous vivons avec une de nos résidente atteinte de troubles cognitifs. Dernièrement, nous avons remarqué qu'elle s'isole plus à sa chambre et pleure plus souvent. En lien avec ceci, les PAB ont remarqués que Mme, lorsqu'elle regarde les photos de sa famille affichées sur le mur de sa chambre, elle se met à pleurer et ne veut plus sortir de sa chambre. Ce n'est pas tous les jours qu'elle réagit ainis avec les photos, mais c'est assez pour qu'on fasse un lien avec son isolement et tristesse. Ma question est: puisque ces photos amènent une réminescence qui semble négative serait-il adéquat de les rétirer pour un certain temps? On ne sait pas si ce serait positif ou négatif, et on veut respecter son environnement où la famille lui a installer des souvenirs, mais en même temps on a l'impression que de regarder ces photos la rend triste.
Ce matin, nous avons réussit à faire diversion (pour ses pleurs) avec une poupée, elle s'est assise à la salle commune et depuis elle ne bouge pas et fixe le vide, regard triste, ce n'est pas elle.
Si vous avez des conseils ils sont les bienvenus.
Merci

Bonjour Madame Charland,
Merci beaucoup pour votre question. Il me fait plaisir d’y répondre, mais il est important de préciser que cette réponse doit être interprétée avec beaucoup de réserve. Je ne connais ni Mme, ni son milieu de vie, et je n’ai procédé à aucune évaluation clinique. Je vous transmets donc des pistes générales à partir des informations que vous avez partagées.
En règle générale, les photos personnelles dans la chambre constituent une excellente approche. Elles contribuent à personnaliser le milieu de vie, soutiennent l’histoire de vie, facilitent les échanges avec l’équipe et peuvent évoquer des souvenirs agréables. Toutefois, lors de la collecte de l’histoire de vie, il importe aussi de repérer, avec les proches, les sujets ou les souvenirs pouvant être sources de détresse ou de conflit. Selon ce que rapporte la famille, il peut parfois être préférable de ne pas exposer certaines photos lorsqu’elles font revivre des souvenirs très douloureux et plongent la personne dans un état de tristesse ou de détresse.
Dans le cas présent, si les observations de l’équipe montrent de façon relativement constante que certaines photos sont associées à des pleurs, à un repli dans la chambre ou à une tristesse importante, il est raisonnable de remettre en question leur présence. Il pourrait être pertinent de retirer temporairement les photos concernées et de les remplacer par une autre décoration personnalisée, mais moins susceptible de raviver une souffrance. L’objectif n’est pas de rendre la chambre impersonnelle, mais plutôt de vérifier si un environnement différent favorise davantage son bien-être. Avec les personnes vivant avec des troubles neurocognitifs majeurs, nous devons ajuster nos interventions afin de leur offrir le plus de bien-être possible.
Même lorsqu’une approche est généralement appuyée par les études scientifiques, elle ne convient pas nécessairement à toutes les personnes, dans toutes les situations. C’est un peu comme pour l’hypertension : un médicament peut être reconnu comme efficace et pertinent, mais il peut ne pas donner le résultat attendu chez une personne précise. Il faut alors réévaluer la situation et ajuster l’intervention. Il serait donc utile de documenter les réactions de Mme avant et après ce changement afin de vérifier si cette adaptation lui est réellement bénéfique.
Enfin, le fait qu’elle soit moins active, présente un regard fixe et semble différente de son état habituel devrait aussi inciter l’équipe à demander une évaluation infirmière. Un changement aussi marqué peut révéler une condition sous-jacente, notamment un delirium hypoactif, qui nécessiterait une évaluation clinique plus approfondie et, au besoin, une discussion avec le médecin ou l’infirmière praticienne spécialisée.
Bonne réflexion à toute l’équipe,
Philippe