Bonjour,
j'ai besoin d'être guidée concernant notre approche auprès d'une usagère présentant une DFT avancée. Notre équipe cherche des interventions afin d'apaiser cette dame hébergée en ressource intermédiaire. Celle-ci crie constamment très fort, ce qui fait réagir les autres résidents au point où nous devons la protéger de l'agressivité physique de certains d'entre eux.
Les besoins de base sont comblés: douleur, alimentation/hydratation, soins et incontinence, attention/sécurité, occupationnel...
Au début de ma pratique, il y a 25 ans, un médecin des forces armées canadiennes avait donné une conférence concernant les soins aux personnes atteintes de TNC sévères. Il avait indiqué que l'utilisation d'une suce pouvait aider certains usagers à retrouver un état de bien-être / réconfort.
J'ai lu aussi récemment dans la Presse que des suces pour adultes étaient utilisées par certaines personnes adultes pour diminuer leur anxiété. Cependant, je trouve peu de documentation concernant l'efficacité/enjeux relatifs à cette méthode d' intervention auprès de notre clientèle:
Est-ce que l'utilisation d'une suce fut explorée/tentée par votre équipe?
Y'a t-il des enjeux/risques relatif à cette intervention?
Merci,

Bonjour madame Leclerc,
Il n’existe actuellement aucune étude scientifique spécifique sur l’utilisation des suces chez les personnes atteintes de TNCM de type fronto-temporal (DFT) avancée. Malgré l’absence de documentation formelle, il y a des arguments cliniques justifiant que cette approche soit envisagée dans le cas d’une résidente agitée et difficile à apaiser, comme dans la situation que vous décrivez.
En effet, la succion est un réflexe naturel et primordial, souvent réactivé dans les maladies neurologiques atteignant les lobes frontaux. Chez certaines personnes avec une DFT avancée, utiliser une suce peut stimuler ce réflexe conservé et offrir une forme de réconfort oral ou sensoriel. La succion peut aussi offrir une activité répétitive et orale qui permet à la personne de se calmer et de détourner son attention des comportements de cris ou d’agitation. Il existe des observations anecdotiques positives, et certains cliniciens auront recours à cette méthode lorsque les approches conventionnelles ne suffisent pas ou ne conviennent plus.
L’aspect le plus important reste le bien-être de la personne elle-même. Il faut surveiller la réaction : si l’utilisation de la suce génère un apaisement, procure du réconfort et réduit l’agitation, cela en fera une intervention adaptée et valable pour cette personne. Il est donc essentiel d’observer, de documenter et d’ajuster selon la réponse individuelle.
Les principaux risques à considérer sont le risque d’étouffement (il convient d’utiliser uniquement des suces conçues pour adultes, s’assurer de leur intégrité et prévoir une surveillance lors de l’utilisation), l’hygiène (bien nettoyer la suce régulièrement), et l’acceptabilité. Il est aussi important de rester attentif à la perception de l’intervention par l’équipe et l’entourage, en présentant la suce comme un moyen d’apaisement sensoriel et non comme un objet infantilisant.
En résumé, bien qu’il n’existe pas de preuve scientifique à ce sujet, la logique clinique demeure solide : le critère numéro un est l’observation du bien-être, de la détente et de la diminution de l’agitation chez la personne. Si la suce répond à ces critères, il s’agit d’une intervention pertinente, à évaluer régulièrement selon l’évolution de la situation de la résidente.
Merci pour votre question.
Philippe