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Questions générales

Public·129 membres

Kathleen CharlandKathleen Charland
Kathleen Charland

Nouveau couple

Bonjour,

Je suis chef d'unité en CHSLD privé conventionné. J'ai partagé aujourd'hui à mes équipes votre capsule vidéo sur Est-ce que les aînés atteints de la maladie d’Alzheimer ont le droit à une vie sexuelle?

Ceci était en lien avec la formation d'un couple, homme et femme, sur notre unité prothétique, nous avons tout fait pour favoriser leur besoin d'affection, les familles étaient d'accord. La dame est atteinte d'alzheimer avec apahasie et le monsieur d'alzheimer, je dirais que leur niveau d'atteinte est assez similaire. Le monsieur a des antécédants de trauma important, ancien agent CIA et a fait infiltration dans des prisons en Amérique du Sud. Il peut être très méfiant et a des antécédants de comportements violents à son ancienne résidence. Mais tout se passe hyper bien avec madame jusqu'à maintenant. Pour le moment ce sont surtout des moments de tendresse, comme se tenir la main, becs, se touchent un peu. Nous ne savons pas si ça ira plus loin. Suite à la diffusion de votre vidéo les équipes ont manifestés plusieurs rétissences auxquels je n'ai su quoi répondre, mit à part répéter vos dires c'est du cas par cas et ça peut être complexe parfois!😅

Voici les questionnements:

Beaucoup d'inquiétude si on respecte l'intimité en fermant la porte, comment saurons-nous si Mme est consentante tout le long si ça va plus loin vu son aphasie?

Vu le passé de M. pourrait-il user d'agressivité sans qu'on ne le sache advenant qu'elle se mettrait à se débattre?

Devrait-on les assister tout le long si ça allait aussi loin?🤨

Pour le moment je doute que ça aille plus loin, mais SI....

Bref, peut-être que vous avez vécu une expérience similaire et pouvez me fournir des outils pour m'aider.

Je vous remercie à l'avance.

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Prof Voyer
Prof Voyer
10 déc. 2025

D’abord, un grand merci pour votre question. Les éléments clés de ma réponse seront la vigilance, l’observation fine du consentement au quotidien et l’ajustement des modalités d’intimité pour protéger la sécurité des deux personnes, sans brimer inutilement leur vie affective. Dans un contexte de double atteinte cognitive et de passé traumatique chez monsieur, il n’existe pas de « recette » parfaite, mais plutôt une démarche continue d’évaluation, de dialogue avec les familles et d’encadrement clinique prudent.

Consentement et indices comportementaux

Chez des personnes avec troubles neurocognitifs et aphasie, l’évaluation du consentement repose beaucoup sur l’ensemble des comportements observés : recherche mutuelle de proximité, confort visible, absence de signes de peur, de retrait ou d’agitation lorsque l’autre s’approche. Il devient alors essentiel que l’équipe observe systématiquement ce qui se passe entre les deux personnes dans les différents moments de la journée (repas, activités, soins) et partage ses observations, afin de repérer rapidement tout changement (retrait de madame, opposition, anxiété nouvelle, augmentation de la méfiance ou de l’irritabilité chez monsieur). Cette observation clinique devient la base de vos décisions sur le niveau d’intimité à permettre ou à restreindre, toujours en privilégiant d’abord leur bien-être.

Intimité, portes fermées et sécurité

Les résidents ont le droit à l’intimité et à des moments d’affection ou de sexualité en milieu d’hébergement, tant que le consentement est présent et que la sécurité n’est pas compromise. Cela n’implique pas nécessairement le fait de dormir ensemble ni d’offrir d’emblée une intimité complète porte fermée, surtout lorsqu’il existe des facteurs de risque. Dans votre situation, il semble prudent de favoriser d’abord des moments de proximité dans des espaces semi‑communs ou communs (salon, visionnement de films, activités de groupe, moments tranquilles dans une pièce commune), où ils peuvent être ensemble sans être constamment seuls et sans surveillance. L’accès à une intimité plus « complète » porte fermée pourrait, s’il devient pertinent, être envisagé graduellement, en fonction de la constance d’indices positifs de consentement, de l’absence de signaux de détresse et d’une entente claire avec les familles et l’équipe.

Gestion du risque lié aux antécédents de monsieur

Le passé traumatique de monsieur justifie une vigilance accrue, même si, avec les atteintes cognitives actuelles, ces comportements pourraient ne jamais se reproduire. Plusieurs études rappellent que la maladie neurocognitive modifie la personnalité, les défenses et la capacité de mettre en œuvre des scénarios violents complexes, mais que le risque ne peut jamais être considéré comme nul. Concrètement, il est possible d’instaurer :

  • Une consigne clinique claire : ne pas les laisser seuls de longues périodes derrière une porte fermée pour l’instant, tout en permettant des moments de tendresse visibles et respectueux.

  • Un suivi régulier en équipe de soins pour réévaluer les risques, la dynamique du couple et adapter vos balises au fil du temps.

L’objectif est de « marcher sur le fil » entre la protection de madame et le respect du droit de monsieur et de madame à une vie affective, sans basculer ni dans la banalisation du risque ni dans une interdiction systématique de leurs rapprochements.

Rôle de l’équipe, familles et modalités pratiques

Les recherches recommandent de ne pas décider seul, mais de travailler à partir d’une politique ou, à défaut, d’une démarche concertée incluant l’équipe, la direction, les familles et, autant que possible, les personnes elles‑mêmes. Il est pertinent de rencontrer les proches pour expliquer votre analyse du risque, vos observations positives actuelles, ainsi que les balises que vous proposez (lieux d’intimité, présence ou non de la porte fermée, modalités de surveillance discrète). Quant à « assister tout le long » si l’activité sexuelle allait plus loin, les recommandations éthiques sont claires : il n’est ni souhaitable ni respectueux que le personnel soit présent dans la chambre pendant l’acte lui‑même; le rôle de l’équipe est plutôt de baliser, d’évaluer le consentement, d’intervenir si des signaux de détresse apparaissent et de revoir les permissions si nécessaire. Ce qui peut être fait, par contre, est de :

  • Privilégier des périodes d’intimité limitées dans le temps, connues de l’équipe, avec vérification discrète avant et après.

  • Former le personnel à reconnaître rapidement les signes de détresse ou de refus non verbal et à intervenir sans jugement.

Ceci dit, je comprends que pour le moment, il ne semble pas y avoir d’intérêt à aller aussi lui dans l’intimité.

Reconnaître le risque d’erreur

Enfin, il faut aussi reconnaître qu’il est possible qu’on se trompe : il y a toujours un risque d’erreur, comme il est possible pour un médecin de prescrire le mauvais médicament ou pour un chirurgien de faire une erreur lors d’une chirurgie. Le risque d’erreur est possible. Ainsi, il faut tout mettre en œuvre pour éviter les erreurs, mais, s’il advient une problématique, on ne peut pas blâmer une équipe qui a respecté les balises reconnues pour la vie intime et sexuelle des aînés atteints de troubles cognitifs majeurs et qui a démontré tout au long de la bienveillance. En somme, c’est compliqué et il faut toujours mettre les intérêts des personnes en primauté et ne pas hésiter à réviser cette décision.

Philippe

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