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Public·129 membres

Claudine FortierClaudine Fortier
Claudine Fortier

Chambre Répit

Bonjour,


Nous savons tous qu'une nouvelle admission dans une Unité d'Hébergement a un impact sur tous les usagers. Changement de routine, désorganisation, tentative d'adaptation , etc.

Malheureusement, dans un de nos milieux, il y a une place de répit qui est utilisée comme plaque tournante, admettant des nouveaux usagers à toutes les 2 semaines avec les impacts que l'on connait.

J'aimerais bien convaincre les gestionnaires de réviser cette façon de faire.


Outre mes observations cliniques, je cherche des documents ou études qui appuieraient mes observations sur les impacts d'une telle décision sur nos usagers


Pouvez-vous m'aider

Merci !


Claudine Fortier

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Prof Voyer
Prof Voyer
Il y a 4 jours

Bonjour madame Fortier,

Vous soulevez une préoccupation pertinente. Je vais vous offrir ma réponse en vous décrivant quelques éléments de connaissance, mais je l’espère sans me mettre entre vous et votre employeur…

La littérature scientifique montre bien que dans les milieux accueillant des personnes vivant avec un trouble neurocognitif majeur, toute perturbation de l’environnement peut avoir des répercussions sur leur bien-être. Ces personnes s’adaptent difficilement aux changements : leurs repères reposent sur une routine stable, un environnement prévisible et des relations continues avec des soignants qu’elles reconnaissent. Selon le modèle du seuil de stress abaissé (modèle Hall & Buckwalter), plus la maladie progresse, moins la personne est capable de tolérer les variations de son environnement. Même un changement mineur, l’arrivée d’un nouveau résident, un horaire modifié, du bruit ou des visages inconnus, peut accroître l’agitation, l’anxiété ou les troubles du sommeil.

Le modèle multimodal du delirium (Inouye) appuie aussi cette idée : lorsque l’environnement devient imprévisible ou trop stimulant, le cerveau fragilisé d’une personne âgée peut réagir par des épisodes de désorganisation ou de troubles du comportement et même un delirium.  Par ailleurs, les études sur le stress de transition et la relocalisation en soins de longue durée montrent clairement que chaque admission ou changement d’environnement augmente le risque de dépression, d’agitation et de déclin fonctionnel. Même les résidents qui ne présentent pas de troubles cognitifs peuvent ressentir ce stress d’adaptation. Chez ceux vivant avec un trouble neurocognitif majeur, ces effets sont souvent amplifiés.

Lorsque l’unité accueille régulièrement de nouveaux usagers, par exemple toutes les deux semaines, cela vient inévitablement perturber l’équilibre du groupe, la routine quotidienne et la charge émotionnelle du personnel. Dans une unité de soins, même un seul lit de répit utilisé de façon répétée peut déstabiliser l’ensemble de l’unité. Pour bien comprendre l’impact dans votre milieu, il faudrait considérer plusieurs éléments :

  • le nombre total de résidents dans l’unité (un changement a plus d’effet dans une petite unité que dans une grande) ;

  • le profil des personnes admises (présence ou non de troubles neurocognitifs majeurs, problèmes de comportements, besoins urgents, etc.) ;

  • la dotation du personnel et la capacité de l’équipe à absorber les variations de soins ;

  • la préparation et le soutien offerts au personnel et aux résidents permanents lors de chaque nouvelle admission.

En résumé, les changements fréquents fragilisent la stabilité du milieu et la qualité de vie des résidents les plus vulnérables, surtout lorsqu’ils ne s’accompagnent pas d’un ajustement organisationnel approprié. Il s’agit donc d’un enjeu réel, bien documenté, qui mérite d’être discuté collectivement entre gestionnaires et équipes de soins. Il est bien possible que vos gestionnaires soient aussi au courant de ces aspects, mais que pour d’autres raisons qu’on ne connaît pas qu’ils n’aient pas le choix d’avoir ce lit…

Merci pour votre question

Philippe

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